Mais que faisons-nous de nos journées de nomades sédentaires ? Et nous sentons bien que certains d’entre vous se le demandent.
Eh bien, on n’arrête pas ! Bon, donc, en arrivant dans un pays, nous commençons par nous poser à la capitale (même si La Paz n’en est pas tout à fait une, nous voyons que certains suivent) afin d’organiser notre tournée. D’abord prendre des rendez-vous avec des institutions susceptibles d’accueillir le film, des sponsors qui pourraient financer la tournée en échange de pub, des médias ayant envie de nous interviewer, tout en commençant à contacter le(s) pays suivant(s). Et tout ça en espagnol…
En France, pour appeler, il suffit de décrocher son téléphone. Ici, il faut d’abord trouver une cabine. Cela dit, il y en a partout en ville et ça marche plutôt bien. Mais, comme en France, l’interlocuteur est absent ou en réunion, et l'on est prié de le rappeler dans une heure. Sans que celui ou celle qui a répondu ça n’ait en général la moindre idée du délai réel de l’absence. Une heure après, on trouve une nouvelle cabine, et l’interlocuteur n’est pas encore revenu, ou déjà reparti, ou dans une nouvelle réunion…
Pour imprimer, il nous suffit de sortir l’imprimante de sa malle, l’installer sur la table qui était celle du repas et pouvoir ainsi éditer courriers, dossiers de présentation ou cartes de visite.
Pour envoyer le courrier, pas de boîte aux lettres à chaque coin de rue et des délais d’acheminement aléatoires. Donc, trois solutions : pour l’international, déposer le pli à l’unique poste centrale ou à une messagerie privée ; pour le national, trouver une compagnie au Terminal de bus qui fait le trajet dans la nuit (le destinataire, à prévenir par téléphone, il n'y a qu’à trouver une cabine, va chercher son courrier au terminal de bus de sa ville le lendemain) ; et pour le local, déposer le pli au bureau du destinataire directement. Voilà comment envoyer trois courriers peut occuper une bonne demi-journée ! Mais c’est aussi une belle façon d’arpenter la ville et de saisir quelques plans, si nous avons la bonne idée d’avoir avec nous la caméra et/ou l’appareil photo…
Sinon, nous communiquons beaucoup par mail (avec coup(s) de téléphone pour s’assurer de la réception…!) : les éliminations sauvages de messages pour cause de spams, les changements fréquents d’adresses et la nonchalance sud-américaine rendent ce merveilleux moyen de communication finalement peu efficace. Par chance pour notre emploi du temps, nous n’avons pas besoin de pratiquer la course aux cybercafés, les abonnements internet que nous signons dans chaque pays nous permettent de rédiger hors-ligne et d’envoyer et recevoir nos messages en nous connectant à un numéro local depuis notre appartement.
Nos ordinateurs portables sont donc deux outils majeurs de notre vie de bourlingueurs. Nous y consacrons pas mal de temps à la rédaction de notre périple, qu’on écrit à quatre mains et deux voix… Chacun prend des notes de son côté, sur l’ordinateur, sur un carnet de voyage ou sur un dictaphone dans la voiture, puis nous remettons en commun au moment de l’éditer sur le forum.
Nous utilisons aussi l’ordinateur pour monter les petits films d’introduction aux projections qui changent dans chaque ville, pour capturer les séquences de tournage et même pour la comptabilité… Si, si, nous essayons de rester en contact avec la réalité…
Nous avons également un scanner, mais on vous racontera ça plus tard, car c’est pendant les phases d’itinérance que c’est le plus drôle…
Là-dessus, vous ajoutez que tout ce matériel s’entretient ou simplement se recharge. Tiens, en Bolivie, c’est tout en 220 ; en Equateur c’était tout en 110 (ou presque tout !) ; au Pérou, c’était soit en 110, soit en 220, dans le même appartement ou la même chambre d’hôtel (!), mais en principe inscrit sur chaque prise. En principe… Pour l’instant, seul notre transformateur - régulateur a fait les frais de cette carence de normes internationales lors de la projection à l’école de cinéma ! Nous attendons le prochain pays à 110 pour savoir si le fusible a bien rempli sa fonction…
Et bien sûr, il y a aussi les tournages (nous devrions bien réaliser un film de notre périple au retour…), l’entretien du Patrol, les interviews et la préparation technique des projections, la salle, la connexion au matériel local, etc.
On n’en rajoute pas sur notre emploi du temps avec les lessives ou la poubelle à sortir, sinon nous allons flinguer définitivement notre image d’aventuriers…
On vous le dit, c’est pas des vacances ! Mais non, on se régale de notre vie. Vous ne voudriez pas que l’on se plaigne, en plus ! C’était le désir de vous raconter aussi notre quotidien de nomades - sédentaires…
Avec un paradoxe qui nous troublait au début : nous qui sommes partis pour "découvrir" étions frustrés de ne pas pouvoir prendre suffisamment de temps pour "faire du tourisme", comme un parisien qui ne connaît pas ses monuments et musées. Et puis finalement, nous savons que nous pénétrons mieux les pays ainsi. Après tout, ça n’est sans doute pas en visitant la tour Eiffel ou le musée du Louvre que l’on découvre le mieux Paris…