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Pas de carnet de voyage en ce moment, puisque nous sommes en France !

Nous vous proposons sur cette page
quelques extraits des textes rédigés "in vivo" sur ce blog.

Et en cliquant sur les archives, par pays ou par dates,
vous pouvez retrouver l’intégrale…


mardi 1 janvier 2008

Départ

Perpignan - km 0 (9 mai 2004)

Nous quittons Perpignan direction Le Havre.
Nous décollerons dans deux semaines, mais le Patrol, lui, part en bateau dans quelques jours : un cargo va le transporter à Guayaquil, sur la côte pacifique de l'Equateur.
Nous l’avons déjà surnommé le "Chano" (le CHAteau NOmade !). Décoré, banquettes et aménagements arrière retirés, il est chargé de trois coffres emplis du matériel de projection, de pièces détachées, de vêtements et d'accessoires divers.



Nous quittons l’appartement après des jours d’une invraisemblable intensité à trier, jeter, vendre ou offrir tout son contenu : meubles, bibelots, vêtements, livres, disques accumulés pendant des années...

Nous ne parlons guère... Les premiers kilomètres défilent et une phrase vient à Geo : «Il ne peut plus rien nous arriver !».
Nous l’avons fait ! Comme si les 200.000 kilomètres, les 5 ans de découvertes à venir ne devaient pas compter. Ce que nous avons déjà réussi : partir.


Equateur - Pérou

La projection magique (Equateur, 19 juillet 2004)

Depuis ce matin, nous préparons intensément ce projet cher à Rodrigo (et à nous !) : offrir une projection aux communautés indigènes voisines. Urbina n’est pas qu’une simple auberge, Rodrigo en a fait un centre d’animation et de récréation. Les matchs de foot dominicaux opposant les indiens aux touristes ou groupes présents en sont un exemple. Mais notre séance de cinéma est une première.
Une équipe de télévision nationale, séduite par Itinérance, et après une première interview à l’Alliance française de Quito, a accepté notre proposition de venir jusqu’ici filmer la projection.
C’est donc devant les caméras que nous installons l’écran et tout le matériel ! La salle de séjour, d’à peine 50 mètres carrés, est débarrassée de ces tables, remplacées par des chaises. L’ancienne gare abandonnée, balayée par les vents et devenue auberge, est ce soir transformée en salle de cinéma, vaguement réchauffée par la cheminée un peu poussive… L’arrière-grand-père, qui a du forcément s’arrêter ici plusieurs fois, n’imaginait pas qu’on y projetterait un jour l’histoire de sa vie !
L’équipe de l’auberge a préparé la Canelosa, la même décoction de cannelle qu’à Playas, complétée cette fois d’Aguardiente, un alcool de canne à sucre local. Et nous attendons 19h avec excitation… et une immense déception, lorsqu’à l’heure dite, nous ne comptons que trois spectateurs dans la salle… Mais l’ambiance change en quelques minutes. Nous ne sommes pas encore habitués à "l’heure équatorienne". Une demi-heure plus tard, ils sont plus de 70, certains devant rester debout. La salle est comble, emplie en grande majorité d’indiens, mais aussi de quelques spectateurs venus de Riobamba, dont la propriétaire du quotidien local. La poignée de touristes andinistes logeant à l’auberge reste pour assister à cette soirée inattendue…


Plus personne ne se préoccupe du fonctionnement de la cheminée. Il règne dans la salle une vraie chaleur, et l’attention avec laquelle ce public hétéroclite partage les péripéties de la vie de l’ancêtre nous envahit d’émotion. Le silence est impressionnant, personne ne bouge, les enfants ont le regard fixé à l’écran…
A l’issue de la projection, les questions et réactions fusent sur le film, le sort des indiens, la ténacité de l’arrière-grand-père ou notre Itinérance… Rodrigo paraît très heureux. Sec, débordant d’énergie, toujours souriant derrière sa barbe poivre et sel, il anime maintenant la suite de la soirée. Il enchaîne avec l’intervention d’un groupe de musiciens andins entraînant le public dans une danse virevoltante, puis un spectacle de marionnettes racontant "Condorman" aux enfants présents. L’équipe de télévision se régale de tourner. Et la fête continue bien au delà de la Canelosa… Lorsque tout le monde finit par se retirer, trois indiens viendront en délégation nous remercier de cette soirée…
Dans nos rêves les plus fous, en préparant notre expédition, nous n’imaginions pas une expérience pareille… Aura-t-on l’occasion d’en vivre d’autres aussi intenses ?


Un dimanche au village (Equateur, 1er août 2004)

Le canton de Saraguro est catholique à 95%. Sur le parvis de l’église, très tôt, des femmes s’affairent à la confection, débutée hier après-midi, de grandes couronnes de fleurs à la gloire de San Pedro, le patron du village. Les hommes, spectateurs, discutent entre eux. C’est le rituel dominical. Une jeune indienne, Toa («fleur noire» en quechua), nous explique que ce sont principalement les métis qui assistent à la première messe célébrée à 7 heures.


Les indiens venant de toutes les communautés environnantes déferlent dans la grande église pour celle de 11 heures, durant laquelle sont exposées les couronnes de fleurs. Les femmes, parées de leurs plus beaux bijoux, sont vêtues de noir : jupe longue de laine et châle maintenu par le « topo » (broche en argent en forme de soleil, décorée d’une pierre de couleur, attachée à une longue chaîne autour du cou). Les hommes portent le "pantacourt" et le poncho. Et les uns et les autres sont couverts d’un chapeau de feutre.


La ville fourmille. Ils sont là pour la journée et font leurs achats de la semaine. Les marchés sont bigarrés des épices, fruits et légumes. Le fumet des restos ambulants embaument l’ambiance (enfin, pas tous !) et l’atmosphère est à la nonchalance. On s’arrête, on discute, on prend le temps… C’est aujourd’hui dimanche, nous n’irons pas aux champs…


Polivio nous emmène déguster dans une communauté voisine le Guajango, un alcool à base du jus d’une variété de cactus et fermenté naturellement : alcoolisé comme de la bière et très rafraîchissant ! Avant d’aller nous installer dans un petit restaurant, Las Cabañas (de petites cabanes en bois et toit de feuilles de palmes lovées dans une minuscule cour intérieure), avec Polivio, Rosa, Toa, sa sœur Cleotilde et son fiancé… Nous y savourons le plat favori et festif des Saraguros, le "cuy" braisé : un régal. Le temps passe doucement… un vrai bonheur ! (Ah oui, "cuy", en français, ça se dit cochon d’inde…)


La traversée du désert (Pérou, 9 août 2004)

Changement de pays, changement de décor...
Notre intention est de parcourir en trois jours les 1.300 km qui nous séparent de Lima, où nous organiserons notre tournée au Pérou. En passant à Piura, Chiclayo et Trujillo, nous allons prendre un premier contact avec les Alliances françaises de ces trois villes, dans lesquelles nous reviendrons projeter le film plus tard.
A l’échelle du continent, ce qui se passe sous nos yeux, en moins de cinquante kilomètres, est tout à fait insolite. Nous traversons un surprenant paysage de vergers et surtout de rizières gorgées d’eau, avec quelques fermes dispersées.
Quand soudain, tout s’assèche. La végétation laisse la place au sable et nous nous retrouvons en plein désert. Finies les gigantesques bananeraies équatoriennes… Le Pérou nous offre un panorama où plus rien ne pousse, sinon de petits taillis secs et des résineux maigrelets. A perte de vue, ce ne sont plus que dunes et collines rocheuses, parsemées de quelques oasis et de leurs palmiers, tandis que les vagues de l’océan Pacifique lèchent la côte.
Ici ou là, une anse a permis à une poignée de familles de s’installer pour vivre de la pêche. (Pas le fruit : il ne pousse, dans la région, que des abris côtiers…) (Oh, pardon !) Nous apercevons même deux hôtels, avec bungalows et piscines, plutôt luxueux (ça veut dire trop chers pour notre budget) et d’ailleurs quasiment vides.
Longeant l’océan, l’asphalte taille sa route à l’infini. Au bord de cette Panaméricaine, de ci, de là, de rares baraques, bâties de blocs de terre ou de planches, paraissent abandonnées, ou du moins paressent, abandonnées… Tout comme les 4x4 de la police omniprésente et souriante.
Quelques briques empilées, surmontées d’un toit de tôle et enjolivées d’un coup de peinture (et d’un panneau Coca-cola) proposent, dans la poussière, des boissons vaguement rafraîchissantes et des paquets de biscuits…
A notre étonnement, la température ne monte pas une seule fois au dessus de 18 degrés. Il fait plus chaud dans la voiture qu’à l’extérieur !
Au bout de deux cents kilomètres à ce régime, en toute fin de journée, Mancora surgit de nulle part, petite station balnéaire née de quelques vagues. Ce port de pêche, plutôt charmant d’ailleurs, accueille une colonie internationale de jeunes surfers : des petits hôtels, des restaurants et… des cybercafés. Nous y trouvons une chambre minuscule au confort sommaire, notre Patrol garé dans la cour au milieu des planches de surf…



Bolivie - Chili

Buenavista Kaffee Pub (23 octobre 2004)

Sur la carte, 120 km avant Santa Cruz, le nom d’un village a attiré notre regard : Buena Vista ! (Parenthèse personnelle : c’est en assistant à la projection du film de Wim Wenders, le lendemain de notre rencontre voici cinq ans et quelques jours, dans une salle de Perpignan, qu’est née notre complicité… C’est joliment dit, non ?. Complicité amoureuse certes, musicale bien sûr, mais cinématographique aussi, car nous passerons de belles heures à nous offrir le plaisir de décortiquer quelques unes des prouesses du montage de ce film. Fermons la parenthèse). En écoutant la bande originale (nous avons emporté quelques CD et cassettes !), nous décidons de pousser jusque là pour y faire une halte et finir la route demain…
Et l’escale nous offre mieux que ce que nous espérions… Alors que les villages précédents ne présentaient aucun charme particulier (et pas d’hôtels), Buena Vista nous séduit de suite. Fondé en 1694 par des jésuites, le petit bourg est construit autour de sa place principale et a gardé quelques maisonnettes coloniales. La proximité de la réserve d’Amboro lui permet de vivre d’un peu de tourisme.
Et là, en buvant un café sur sa terrasse, nous rencontrons Raúl, un drôle de bonhomme, quasi septuagénaire, mine enjoué, qui nous raconte brièvement sa vie. Révolutionnaire, il était des compagnons du Che à Santo Domingo (le Che est un personnage mythique aussi en Bolivie, d’autant qu’il est mort et enterré dans le pays). Par la suite, Raúl a été trafiquant en tout genre et a plongé dans bien des dépendances avant de se débarrasser de tous ses démons et de se considérer comme un homme libre et heureux, dit-il. Aujourd'hui, il tient un restaurant, La Tranquera (la barrière), qui a des allures de boui-boui et dans lequel il fait des merveilles. Quelle table ! Extraits de notre dîner : deux viandes (du "jochi", lièvre des montagnes et du "tsitatu", sanglier de la selva, dans des sauces somptueuses) et une multitude d’accompagnements, parmi lesquels des choux de Bruxelles (!), de la confiture d’oignons au miel d’abeilles avec écorces d’oranges (c’est pour donner un léger goût d’amertume !), une sauce au soja, un aïoli à damner un restaurateur barcelonais… (Le "festin de Babeth", en quelques sortes ! takaetrecinéphile)… Nous n'oublierons pas Raúl !!


Du coup, nous nous offrons une étape de luxe avec vue sur des kilomètres de forêt et piscine ! (Enfin, du luxe à 20 dollars la nuit…!!!)


Ville morte pour une démocratie vivante (dimanche 5 décembre 2004)

Nous comptions quitter La Paz aujourd’hui pour notre dernière semaine en Bolivie. Et avant hier, nous avons appris qu’il était interdit de rouler ce dimanche d’élection dans tout le pays. C’est pas une opération "ville morte", mais une opération "pays mort". Et la presse a publié la liste impressionnante des interdits (il y en a une pleine page), tous assortis de copieuses amendes ou jour(s) de prisons. Extraits : De minuit à minuit, interdiction de se déplacer d’une zone électorale à une autre (ce qui veut dire dans les villes, d’un quartier à l’autre ; et donc ni bus, ni taxis, ni véhicules privés, sinon prison pour 24 heures !) ; interdiction de porter des armes à feu (ce serait donc autorisé le reste du temps ?), tout objet contondant et tout ce qui coupe ou se plante ; interdiction de tout spectacle public de quelque sorte, de tout rassemblement public ou attroupement (nous ignorons si les messes sont concernées) ; et le meilleur pour la fin : du vendredi minuit au lundi midi (oui, oui, vous avez bien lu), interdiction de vendre ou consommer de l’alcool en établissements publics ou privées, donc y compris à domicile !!! Cachés dans l’appartement, lumières éteintes, nous nous sommes offert un apéro à la santé de la démocratie…


Nous voilà "producteurs français" ! (10 décembre 2004)

Nous sommes de retour à Oruro. Arrivés à 16 heures, nous passons saluer Juan Carlos, surpris de le trouver avec quelques étudiants terminant le montage d’un documentaire qui doit être présenté ce soir ! Nous les laissons donc à leur travail et nous donnons rendez vous à 20 heures pour l’ouverture du festival Diablo de Oro (le diable d’Or…). 20h10, nous pénétrons dans la grande salle, gênés de notre retard, pour constater que rien n’est prêt. C’est une fourmilière qui s’agite autour de l’installation de la vidéo, de l’éclairage et du son : "l’heure bolivienne", comme ils disent eux-mêmes avec un grand sourire !! Cela dit, le public est aussi plutôt rare et nous sommes les seuls membres du jury présents sur les cinq prévus… Nous sommes légèrement soucieux, tout de même, car nous comptons prendre la route demain à 6 heures pour franchir la frontière chilienne et arriver de jour à Arica, la première escale.
Nous découvrons les cartons des autres membres du jury (le directeur des infos d’une chaîne nationale, un professeur de l’université de cinéma et Juan Carlos) et les nôtres où sont portés nos noms et nos titres "Productores franceses". Ça nous impressionne ! Et nous allons avoir le temps de goûter, puisque la soirée va débuter un peu après 22 heures… par les discours de bienvenue (listant à plusieurs reprises l’ensemble des partenaires et sponsors, le tout ponctué de quelques incidents techniques le temps de finir les réglages) et suivi d’un spectacle de danse. A 23 heures, débute notre "dernière séance" en Bolivie !
On résume, car nous allons visionner… (Juan Carlos, tu nous avais caché ça !) 120 clips-vidéo, documentaires ou courts-métrages de fiction, alternés d’interludes de musiques, de chants ou de danses ! Et la dernière projection s’achève à 4h30 du matin, heure à laquelle les jurys nous retirons après avoir cherché un salon au calme pour délibérer… Car, pendant ce temps, un orchestre s’est installé pour faire danser le public. Voilà même que l’on nous presse à plusieurs reprises car le public s’impatiente ! Il reste essentiellement les auteurs des films qui attendent les résultats et des spectateurs clairsemés qui commencent à manifester les effets de la bière et de l’aguardiente. Vous pouvez imaginer l’ambiance à chaque annonce de résultats…
C’est à 6h que nous regagnons la demeure familiale de Juan Carlos, croisant ses parents qui démarrent leur journée. Nous partons plus tard que prévu pour le Chili ! Nous avalons un petit déjeuner vers 9h30 avec Juan Carlos qui a encore mille choses à nous raconter. Ce matin, ce sont ses multiples accidents de voitures… Impressionnant ! C’est sûr qu’il est protégé par la Vierge de Socavón… A 10 heures, les abrazos d’adieux sont très émouvants. Sacré Juan Carlos ! Nous ne t’oublierons pas, ni tous ces moments si fous partagés avec toi.




La riche histoire de Chiloé (30 janvier 2005)

C’est une traversée en bac d’une trentaine de minutes qui permet de rejoindre l’île que Babeth brûlait de découvrir depuis ses lectures adolescentes des romans de Sepulveda. Nous roulons une trentaine de kilomètres jusqu’à Ancud où est organisé le festival "Muestra de cine y vídeo". Le temps de prendre nos quartiers à l’hôtel (une maison tout en bois installée sur la place principale de la ville) et nous sommes invités à déjeuner par Daniela, la directrice du festival, accompagnée de Jacqueline, une autre organisatrice. Aussitôt, la discussion est chaleureuse et animée. Toutes deux "chilotes" (habitantes de l’île), la trentaine joviale et enrobée "d’une strate de plaisir" (!), elles portent à bout de bras le festival qui a maintenant 15 ans, pour contribuer à faire vivre leur ville. «Mais d’abord, voulez-vous goûter l’une des spécialités culinaires de Chiloé ?». «Bien évidemment !». Dix minutes après, la serveuse dépose un "Curanto" sur la table, un plat débordant de fruits de mer (en particulier des moules) mêlés à du poulet, de la viande de porc et des saucisses… Nous, sidérés : «Nous allons manger tout ça à quatre ?». «Non, à deux», répondent-elles en riant, alors qu’arrive la seconde montagne ! Et le tout est accompagné, bien sûr, d’un très bon vin chilien… Et cela nous laisse le temps de les écouter nous raconter leur Chiloé avec passion. C’est qu’elles en sont fières et en particulier Jacqueline, d’origine métisse…
L’histoire de leur île, comme pour beaucoup d’autres, est celle de l’isolement. Mais plus intense ici qu’ailleurs, car la résistance farouche des indiens mapuches à l’envahisseur espagnol, dans les forêts impénétrables de la côte chilienne, ont laissé pendant deux siècles les habitants de Chiloé à l’écart de tout contact avec le continent. Beaucoup d’entre eux sont partis coloniser la Terre de Feu plus au sud, tandis que les indigènes et espagnols qui s’étaient entêtés à demeurer ici se mélangeaient et survivaient avec les ressources de l’île. Et comme souvent dans les lieux restés longtemps isolés, pour cultiver le mystère sans doute, se sont racontés des mythes et légendes peuplés d’esprits malins, de monstres marins et de bateaux fantômes… La discussion est interrompue par une sirène de pompier. Inquiétude : «Ici tout est en bois, alors les incendies se multiplient. Les destructions de maisons sont fréquentes. C’est un danger dans toute l’île et le moindre village a sa caserne de pompiers». Elles nous parlent aussi de ce projet de pont entre Chiloé et le continent, qui oppose les habitants. L’île va-t-elle trouver, dans une salutaire ouverture, un développement touristique et économique ou va-t-elle y perdre son âme ? Ça nous rappelle quelque chose !
Notre désir de découvrir l’île est décuplé. Mais pendant ces récits, ni Daniela, ni Jacqueline, ni nous deux d’ailleurs, n’avons oublié l’excellent Curanto ! Et les deux plats repartent quasiment vides en cuisine. Nous renonçons tout de même au dessert (!) et décidons de remettre à demain une première découverte de l’île que nous envisagions pour cet après midi… Nous avons à nouveau rendez-vous avec elles deux pour le dîner, et pensons plus judicieux de faire d’abord une bonne sieste !


Cadeau d’anniversaire ! (12 février 2005)

Nous visions la date depuis quelques jours : c’est aujourd’hui l’anniversaire de Babeth.
Et on y est ! La Terre de Feu, cette île mythique, une des destinations "phare" de notre périple, est là sous nos yeux.
Pour y accéder, il nous faut traverser le Détroit de Magellan… du nom de ce navigateur portugais qui l’a "découvert", en 1520, pour le compte de la couronne d’Espagne.
Nous empruntons le bac aménagé au passage le plus étroit, la Punta Delgada, et après vingt minutes, nous foulons donc la "Terre de Feu" (ainsi baptisée par Magellan parce que, dit-on, il distinguait sur les rives des foyers allumés par les autochtones).


Et bien figurez-vous que d’arriver là, c’est émouvant !!! Pourtant, nous avons regardé sur un planisphère : nous sommes en dessous du 55ème parallèle, ce qui, symétriquement au nord, correspond seulement à l’Ecosse ! Mais, bon, un mythe est un mythe, et il n’en demeure pas moins que nous venons de poser le pied sur la terre habitée la plus australe du globe, à deux pas (et demi) du cap Horn…
L’île est coupée en deux, partagée entre Chili et Argentine. Côté argentin, notre carte annonce une route franche qui mène à Ushuaia. Mais le parfum marketing de la ville est un peu trop fort à notre goût, pour cette première découverte de la Terre de Feu. D’ailleurs, toutes les voitures qui quittent le bac partent dans cette direction. (Oui, enfin, ça n’est tout de même pas l’autoroute du sud un 31 juillet !) (Et puis nous avons peur d’y rencontrer un fantôme de té-ef-un). Surtout, nous pensons que notre tournée argentine nous y mènera sans doute…
Nous décidons donc de jouer davantage les pionniers (!) en restant côté chilien, avec un souhait : nous rendre au Pico Francés ("le pic français" !) à l’extrême bout de l’île. De ce dernier petit monticule, nous espérons une vue imprenable sur le canal de Beagle et ses dernières îles et îlots qui parachèvent le continent. Nous n’aurons plus qu’à rouler une poignée de kilomètres pour toucher le bout. Mais les pistes sont incertaines sur notre carte et les avis partagés sur l’accessibilité. Nous verrons bien : en route pour l’aventure.
Le premier décor que nous découvrons nous est déjà connu : la même steppe qu’en Patagonie, sur plus de 100 km. Il semble que nous ayons de la chance, compte tenu de la réputation climatique de la région, même en plein été austral : le temps est magnifique, le ciel complètement dégagé et la température à 21°.


Nous roulons vers le sud, sur une piste confortable, bien tassée. Nous sommes maintenant sur un plateau d’une centaine de mètres d’altitude. La balade est belle, le décor plus vert que la steppe. Le relief ondule, des animaux sont au pâturage et des bosquets apparaissent. Tout ici, malgré la (très rare !) présence humaine, est à l’état sauvage. De ce spectacle se dégage une force indicible. Un sentiment d’immensité et de plénitude, troublé par le vent puissant qui s’est levé, s’empare de nous. Le souffle de Zéphyr fouette les feuillus (Babeth adore cette expression) et les plus anciens se courbent et se couchent. De plus, les castors sont nombreux par ici (même si nous ne parviendrons pas à en voir) et sont aussi acteurs de ce spectacle. Inlassables constructeurs, ils sont donc grands consommateurs de bois et… inlassables destructeurs. Certains tertres sont désolés, cimetières d’arbres ancestraux et défeuillés.
La carte routière n’indique que deux bourgades côté chilien. Les autres noms sont des hameaux, en fait les grandes propriétés agricoles. Nous sommes ici sur le territoire des éleveurs. Les terres ont été attribuées par parcelles de 5.000 ha environ et les têtes de bétails se comptent à chaque fois par 2 ou 3.000…


Nous nous arrêtons quelques instants à Camerón, au café du "coin", une humble demeure de bois au décor désuet, qui ouvre sa porte aux passants ! La femme qui nous sert deux mokas dans son séjour est riante et généreuse de ses formes. Originaire de Chiloé, elle vit ici depuis 40 ans. Elle tient également l’unique supermarché (!) qui jouxte l’endroit, un local qui doit bien faire ses 8 m2…
Il est midi quand nous arrivons au km 210, point de contrôle des carabineros. Nous espérons pouvoir y examiner une carte plus détaillée «Oui, nous en avons une au mur» et des informations plus sûres : «Vous ne pourrez pas aller au-delà du Lago Fagnano à 40 km d’ici. La piste est coupée par les militaires qui la refont» et «Vous devrez rebrousser chemin avant la nuit car la seule auberge existante par là-bas est actuellement fermée» «Il y en a juste une (chère !) près d’ici». Nous : «Grand merci, Messieurs !». Bref, circonstancié et précis…
Conciliabule dans le Patrol, après une question restée sans réponse : «Mais pourquoi le Chili délaisse-t-il à ce point son tourisme en Terre de Feu ?». Nous décidons tout de même de tenter le coup : après tout, nous sommes samedi ; avec un peu de chance, il n’y a pas de travaux (et pas de sentinelles armées !). Nous avancerons jusqu’au plus au sud du sud tant que c’est carrossable avec notre Patrol, et en mesurant le temps pour rebrousser chemin avant la nuit. On n’est pas tous les jours en Terre de Feu et notre bonne étoile fera le reste…
Mais dans un premier temps, nous allons assurer le toit pour ce soir. À une quinzaine de kilomètres, nos amis de l’Enap (takalireplushaut) nous ont dit posséder un refuge qui devrait pouvoir nous héberger, en bordure d’un lac. Nous pénétrons donc dans la Pampa Guanaco et suivons la piste à travers la forêt de lengas (arbres natifs au nom intraduisible - takaallervoir) et tombons sur un décor à couper le souffle : le lac, d’un pur bleu marine, est entouré de massifs boisés avec, pour fond de décor, la cordillère Darwin et ses sommets enneigés…


Nous trouvons le refuge de l’Enap, ensemble de baraques en dur, mais patatras ! un groupe de retraités de l’entreprise est là pour le week-end et c’est complet. Notre bonne étoile nous aurait-elle lâchés ?
La curiosité nous pousse à parcourir la vingtaine de km jusqu’à “l’hosteria Las Lengas” dont on nous a parlé. Et nous tombons sous le charme : une construction en bois surplombant le lac, et face à tous les vents. L’endroit est désert. Sur le perron, seul un veau et un jeune guanaco nous accueillent. Nous poussons une porte vitrée et découvrons les lieux : une vaste salle à manger d’une dizaine de tables et six grandes chambres, le tout élégamment meublé de bois, et semble-t-il tout neuf.


Moment de rêve délicieux, mais hélas inaccessible (!), nous décidons de reprendre la route pour le plan prédéfini. Pour la nuit, si nous ne trouvons rien d’autre, nous avons un matelas gonflable à l’arrière… Nous l’étrennerons donc en Terre de Feu !


Enfin on a crevé ! (12 février 2005 toujours)

En rejoignant le Patrol, nous découvrons que la roue arrière droite est à plat. Enfin ! Voilà qui doit ravir notre lecteur mexicain qui trouvait que ce genre d’événement manquait, car c’est notre première crevaison depuis près de 25.000 km que nous roulons sur les routes et pistes sud-américaines… (On vous ne dit pas la marque de nos pneus, le fabricant n’a pas voulu être sponsor).
Et là, nous attend une surprise : avant notre départ de France (en ayant demandé conseil à quelques professionnels et amateurs avertis), combien de temps avons-nous consacré à constituer la liste idéale (pointée et repointée) des pièces détachées et outils indispensables à notre expédition ? Pour découvrir aujourd’hui, après examen du manuel technique du Patrol, qu’une clef spéciale est nécessaire pour tourner la longue manivelle du cric ! et qu’elle ne se trouve nulle part dans le véhicule, encore moins dans nos cantines… Nous devons donc lever la voiture à la force du poignet, armés d’une malheureuse clef de 8…
Apparaît la propriétaire des lieux. Présentations, puis «Désolés, nous ne faisions que passer…!», «Mais soyez les bienvenus», «Quel endroit merveilleux !», «Bravo pour ce tour du monde», «Et juste par curiosité, quel est le prix de vos chambres», «60.000 pesos par personne (environ 100 €)», «Nous finissons de réparer la roue et ne vous dérangeons pas davantage !», «Ah, c’est l’anniversaire de Madame ?». Bref, nous ne vous dirons pas le pourcentage de remise indécent que nous a offert Elizabeth (y’a un z dans le prénom, ça c’est la propriétaire) pour l’anniversaire de Babeth… Nous avons craqué.
Adieu Lago Fagnano, Pico Francés et canal de Beagle, adieu nuit à la belle étoile sur un matelas gonflable ou dans une tente de l’armée sous bonne garde pour franchissement illégal d’une barrière militaire, nous nous offrons une nuit à l’hosteria Las Lengas devant le lago Blanco ! La vie d’aventurier reprendra demain…
Nous commençons donc par changer la roue, dans de jolis tourbillons de poussière soulevée par les rafales de vent.
(Oui, c’est Babeth qui répare, mais comment lui refuser un tel cadeau d’anniversaire…?)


Après une bonne douche et un moment de détente, c’est au bord du lac et bien sûr avec un Pisco Sour, que nous célébrons l’événement. Tiens, nous vous offrons une photo pour immortaliser ces instants d’un romantisme échevelé, que rien ni personne n’est venu troubler…


Qu’on vous cite le nom du vin chilien qui a accompagné notre repas : "Herencia", qui signifie "héritage". Ça ne s’invente pas…
Nous resterons les seuls clients. Et Elizabeth passera un moment en notre compagnie, nous racontant sa vie et celle de son mari Alfonso, descendant d’un "pionnier" croate. Son grand père était venu monter un commerce à Punta Arenas au moment de la guerre. Puis son père, qui avait acheté des terres à bas prix, s’est retrouvé paralysé à la suite d’un accident de voiture. Alfonso, alors âgé de 13 ans, a tout appris en accompagnant son père : l’exploitation du bois ou l’élevage de guanacos. Aujourd’hui maire de Camerón, il vient donc de bâtir l’hosteria à cet emplacement magique, au bord du lac, un «investissement pour l’avenir». Il croit au développement touristique de la Terre de Feu chilienne. Il a négocié l’utilisation de la piste d’atterrissage militaire toute proche pour acheminer les clients…


Encore un peu de Terre de Feu (13 février 2005)

Quand nous nous réveillons de bon matin, il fait 8° (à l’extérieur !). Par la fenêtre de notre chambre, nous admirons le spectacle du lac, bouillonnant sous l’effet du vent qui souffle à 90-100 Km/heure. De nombreux "moutons" se forment à la surface de l’eau. Elizabeth (avec un z) nous apprend que de là vient son nom : "Lago Blanco", le lac blanc.
Nous quittons l’hosteria, mais restons encore un moment à flâner dans les environs pour goûter de tout notre saoul ce décor majestueux. Nous nous sentons “loin de tout”.
(L’occasion de placer cette belle réplique de Jean d’Ormesson : «C’est quoi “tout” ?». Tiens, l’instant pousse à la philosophie : qui a dit «Plus on est loin de tout, plus on est près de la vie…» ?)




Quelle émotion ! (1er avril 2005)

Nous venons de rentrer de l'île de Pâques (territoire chilien dans le Pacifique à 4.000 km au large des côtes) où nous étions le week-end dernier…
Le vendredi soir, nous avons dîné avec les douze membres du Conseil Régional de la Culture, qui avaient vu les choses en grand !
Nous avons pu suspendre notre écran entre deux "Moais", les fameuses statues géantes (la première photo a été prise pendant les tests du matériel). Et l'importateur Nissan nous a même offert une décoration spéciale du Patrol pour le défilé d'annonce de la projection.
On ne vous raconte pas l'ambiance pendant toute la séance. La fête s'est terminée par le plat traditionnel de l'île, le pescado de abril, une recette proche de la bouillabaisse.
Cela restera un moment inoubliable de notre Itinérance…





(Si vous saviez le nombre de félicitations que nous avons reçues pour ce "coup superbe" qui n'était qu'un... vilain poisson d'avril)

Argentine

Santa Rosa de la Pampa (29 novembre 2005)

Cinéma "itinérant", disions-nous ? Le moins que l’on puisse dire, c’est que nous sommes servis ! Depuis notre départ de Buenos-Aires, en 15 jours, nous avons déjà parcouru 7.500 Km ! Ne comptez pas, ça fait 500 km par jour, y compris les jours de pause…
Et au fur et à mesure que l’on remonte vers le nord, la température en fait autant… Nous dépassons allégrement les 20°. Mais surtout on nous en annonce beaucoup plus dans les jours à venir…

Santa Rosa de la Pampa, ville plutôt sympa, taillée au cordeau par pâté de maison de 100 m, comme toutes les autres. Comme son nom l’indique, nous voilà cette fois chez les gauchos. Nous sommes logés chez Sarah, une adorable argentine retraitée vivant seule ; mais déjeunons et dînons chez Annette, la directrice de l’Alliance et sa famille nombreuse. Francisco, son mari, est éleveur et nous a emmenés hier soir pour une opération de tri et marquage d’animaux partis ce matin à l’abattoir.



«La viande est une religion dans le pays. Un gaucho mange 500 g de viande par repas, deux fois par jour. Le gouvernement peut augmenter le prix de l’essence, mais s’il touche au cours du bœuf, il crée une révolution !»
Ce midi, Annette et Francisco nous ont offert une grillade en famille… Geo a bien dû manger son demi kilo !


Dernière projection de cette tournée argentine (10 décembre 2005)

Et elle va être belle. Mais avant, Pupi a insisté pour nous faire découvrir "El Fogón". Pupi et Rúben sont le couple d’un âge certain qui nous reçoit chez lui pour ces deux jours. La soirée d’hier en leur compagnie a été un délice : une vie dense, dont dix ans en Angola, leur a laissé milles anecdotes et une grosse dose d’humour. Tout à l’heure, ils nous ont bien recommandé d’être là avant le déjeuner pour le Vermoutito (?) du samedi. C’est une manie sud-américaine, à laquelle n’échappe pas l’Argentine, de terminer nombre de mots par ce diminutif "ito" qui pourrait se traduire par "petit"… Un cafecito est un petit café, un pesito est un petit peso (l’impression que l’on va payer moins cher : « ça vaut 10 pesitos »…) ou "tardecito" qui veut dire qu’on est à peine en retard ! Nous avons mis quelques instants pour comprendre qu’ils nous conviaient à boire le petit vermouth hebdomadaire…
Quant à "El Fogón" ("le foyer", en français), ça valait vraiment le détour. Deux frères avaient monté ce lieu magnifique dans les années quarante (?), enrichi de décennies de rencontres et de douce folie. Nos surréalistes n’ont qu’à bien se tenir : cinq cents clefs se promènent dans le monde dont les titulaires peuvent venir quand ils le souhaitent, boire un coup, manger un morceau ou passer une nuit s’ils ont besoin d’un toit. Et eux comme tant d’autres ont laissé ici une peinture, un objet ou une pensée profonde ou loufoque peinte sur un mur. Il en reste une maison - musée (qui se visite pour moins d’un euro), impressionnant et délirant bric-à-brac de tableaux (copies ou originaux) de peintres inconnus ou fameux, l’hélice d’un avion de Mermoz, les gants de boxe de Carlos Monzon, un livre dédicacé par Saint-Exupéry ou un "authentique" bouton du soutien-gorge de Rita Hayworth… Au fond du jardin, un "cimetière" aux épitaphes choisies accueillait, de leur vivant, les tombes des maîtres des lieux. Et le toit de la maison est aménagée en terrain d’atterrissage pour ovnis…
Quant à cette dernière projection, c’est le final en apothéose de cette tournée. Plus de 50 personnes s’entassent dans la salle trop petite de l’Alliance française : certains vont regarder le film de l’extérieur par la porte ou les fenêtres restées ouvertes. Chaude ambiance et bel accueil prolongé par le débat, puis par une "cerveceada", dîner d’empanadas, viandes froides et charcuteries, joyeusement arrosé de bière (mais nous aurons droit à du vin !). Delia, la jeune directrice, et Remy, le président (et consul honoraire de France) sont aux anges. (Et nous, donc !).


Trois victimes en 20 minutes (1er février 2006)

En cette fin de journée pesante de chaleur, nous roulons sur une belle route à travers la campagne.
Quand soudain un premier oiseau vient s’écraser sur un de nos protèges-phare en le fendant sérieusement. Dans les cinq minutes qui suivent, un deuxième oiseau explose le second protège-phare (opération kamikaze ?). Et la série noire continue : un troisième s’abîme sur le pare-brise (sans dommage, merci)…
Un vrai suicide collectif !
En quelque sorte, dans la région, il semble que les oiseaux se scratchent pour mourir…
(Affligeant, on le concède !)


Colonia Benitez : une vraie ambiance de far-west (9 février 2006)

De longues rue de terre croisent la seule (et longue !) rue asphaltée. A tout moment, on s’attend à voir surgir, soulevant la poussière, une charrette avec un cheval, un bonhomme dessus coiffé d’un chapeau de cow-boy ; et d’ailleurs, bien souvent, on voit surgir, soulevant la poussière, une charrette avec un cheval (ou deux), un bonhomme dessus coiffé d’un chapeau de cow-boy, parfois d’une casquette de base-ball… Il doit y avoir ici plus de chevaux que de voitures. Et tout le monde se salue toujours…



La population de Colonia Benitez, au début du siècle dernier, était plus nombreuse. Mais Resistencia a finalement était choisie comme capitale de la Province et il reste aujourd’hui environ 2.000 habitants.
Ils sont bien sûrs descendants d’européens, d’italiens surtout. Rolando, l’un des frères Colcombet, nous a raconté quelques pages de l’histoire du village : «Des familles de français sont venus s’installer ici, au début du 20ème siècle, pas comme des immigrants fuyant leur pays parce qu’ils crevaient de faim, mais comme enseignants, menuisiers, maçons, ferronniers… Au cimetière, on trouve des noms comme Genoux, Maurel, Roger, Roux, Veron… Peu nombreux, toutefois. Comme dit Rolando «En général, les français, pas fous, cherchaient des endroits avec un climat plus agréable !»). Mais ceux d’ici fêtaient dans un cercle social fermé, leur 14 juillet «C’était plus important que les fêtes patriotiques argentines. Ils faisaient venir leur champagne de France !»…
Tiens, au cimetière, on trouve aussi une plaque mortuaire d’une femme (au nom italien, encore un coup de la Mama !) qui admoneste son mari mort trop jeune, à 30 ans : "Et maintenant, c’est moi qui me retrouve seule à faire le boulot et élever les enfants" ! Ambiance…



1ère photo : la rue principale (notre rue, c’est la première à droite !)
2ème photo : notre rue (la maison où nous logeons est à 500 m…)

La première partie de ce qui précède a été écrite de bon matin, dans le patio de la maison, accompagnés du chant des oiseaux et de l’attaque en règle des moustiques… La suite, dans la seule chambre avec climatisation de la maison, que nous avons transformée en plus en bureau ! Il fait toujours entre 35 et 40° en ce moment !
Et savez-vous que l’on s’y sent comme chez nous sous ce toit Colcombet. Tiens, du coup, on vous offre quelques photos du "château"…





Les chutes d’Iguazú (22 février 2006)

Iguazú, ça veut dire "les grandes eaux" et l’endroit est classé au Patrimoine Naturel de l’humanité.
Voilà : on ne vous raconte pas combien il y en a, ni quelles sont leur hauteur, et tout ça.

On vous dit juste que c’est absolument majestueux : dans un grondement impressionnant, une des plus fortes émotions visuelles de notre périple…
Un final de rêve pour notre séjour en Argentine !





Ajoutons juste qu'une projection du film était prévue, en plein air, sur une des places de la ville. Mais a été annulée en raison d'une averse dans l'après-midi qui a trempé le sol en terre. En quelque sorte, la projection à Iguazú est tombée à l'eau... (C'est vrai, on en a fait des meilleures !)

Brésil

Rio de Janeiro : un peu de culture générale (8 mars 2006)

''Rio de Janeiro'' se situe à l’intérieur d’une grande baie entourée de rochers et collines escarpées. La ville est tournée vers l’Atlantique qui lèche deux de ses plages parmi les plus fameuses du monde : Copacabana et Ipanema…
La ''Caipirinha'' est un cocktail typiquement brésilien, un mélange de cachaça (un alcool de canne à sucre), de citron vert (un citron entier en quartiers et écrasé dans le verre), de sucre (liquide ou en poudre) et de glaçons. Ça pourrait rappeler le ti’punch, mais en beaucoup moins sucré grâce à la présence plus importante du citron vert.
La culture générale a ses limites : on ne peut pas tout apprendre dans les livres ou sur un blog. ''Boire une caipirinha sur la plage d’Ipanema'', c’est une sensation intense que l’on ne peut découvrir que sur place. Et que nous nous sommes offerte hier en arrivant.
C’était notre rubrique : instant de pur bonheur…


Itinérance en prison (23 mars 2006)

Tout commence par une fouille en règle, en particulier de notre malle métallique contenant tout notre matériel de projection ! Puis, tout au long d’un couloir de cent mètres, cinq grilles s’ouvrent une à une, puis se referment derrière nous. Nous longeons les ateliers, fermés de cadenas, dans lesquels les prisonniers confectionnent des emballages de bonbons ou travaillent le textile. Pour pénétrer enfin dans une "salle de cours". Là, nous attendent une cinquantaine de personnes, pour l’essentiel des prisonniers.
Les salutations sont timides, sans que nous sachions qui, d’eux ou nous, sont les plus gênés… Bon nombre des détenus sont ici depuis des années, pour des condamnations allant jusqu’à quarante ans : attaques à mains armées, meurtres et autres… (Dans la voiture, en venant tout à l’heure, nous reparlions de cette phrase entendue plusieurs fois à Rio : «Si on tente de vous taxer de l’argent, ne résistez surtout pas, sinon ils tirent !». Aujourd’hui, nous venons partager ce moment avec eux ; dans d’autres lieux, nous aurions pu être leurs proies !!!)…
Ils attendent patiemment que tout soit installé. Puis, avant que nous commencions, l’un d’entre eux vient, au nom du groupe, nous lire un mot d’accueil en français ! Et nous leur projetons "Os herdeiros da Amazônia", la version brésilienne sous-titrée de notre film. Interrogation levée : quasiment tous semblent savoir lire…
L’attention est impressionnante, les regards sont scotchés sur l’écran, des sourires se dessinent sur les lèvres dans les moments les plus rocambolesques de l’histoire. Les applaudissements sont nourris à la fin de la projection et nous passons ensuite plus d’une heure à discuter avec eux. Les réactions et les questions fusent sur la vie de l’arrière-grand-père, sur la réalisation du film, sur notre expédition-tournage en Amazonie ou sur notre tour du monde. Avec complicité, envie ou provocation. L’un d’entre eux nous demande : «C’est bien gentil, tout ça, mais si vous touchez la fortune de votre ancêtre ou les 40.000 hectares de terres (takavoirlefilm, onvendledvd), que faites-vous ?», et il accepte en souriant notre réponse : «Nous continuons notre tour du monde, bien sûr…!». Autre question : «Et à la fin du tour du monde, que faites-vous ?». Geo lance notre fréquente réponse clin d’œil : «Nous réaliserons un film de cette expérience et débuterons un nouveau tour du monde pour le projeter !», mais se dispense de la chute habituelle : «Et nous reviendrons vous le projeter ici dans dix ans»…




L’heure du retour dans les cellules sonne et interrompt nos échanges. Les abraços sont chaleureux, émouvants. Un détenu nous offre un de ses dessins (quel coup de crayon !). d’autres écrivent un mot sur notre livre d’Or "Que l’étoile de la paix brille toujours dans le ciel de votre existence et que les anges volent toujours sur vos rêves", "Que Dieu vous bénisse, amis français", "Merci pour cette source que vous nous avez transmise"… Ils ont manifestement été touchés par cette histoire pleine de souffle et ce moment passé ensemble. Et nous donc !
Quand Elisabeth dei Ricardi nous a offert cette opportunité, nous avons sauté sur l’occasion. Directrice de l‘Alliance française de Londrina, elle mène une double action dans ce centre pénitentiaire qu’elle contribue ainsi à rendre "prison pilote" : une autre façon de considérer le prisonnier, en se préoccupant de sa réinsertion sociale, dans ce pays où les prisons s’apparentent plus souvent à des écoles du crime…
Se joignant à l’équipe d’enseignants et de travailleurs sociaux, Elisabeth dei Ricardi a lancé depuis 2004 le projet "Franco Brasil" avec l’ONG "Circulo das Artes" qui promotionne la diversité culturelle : au programme, d’abord des cours de français, puis du théâtre. Encadrés techniquement par une comédienne française, Elisabeth Gonçalves, une quinzaine de détenus ont monté un premier spectacle : "La porte des rêves". Un autre est en cours d’écriture…


Elisabeth dei Ricardi vient d’envoyer un mail à ces collègues : «Merci à Elisabeth et Georges d’avoir compris et appuyé le travail de l’Alliance de Londrina, dans le pénitencier, en ayant accepté d’y faire une projection. Une expérience très riche et pleine de sens». Chère Elisabeth, c’est le travail que vous faites ici qui est plein de sens. Un très grand merci de nous avoir invités à y participer… L’un des objectifs de notre tour du monde est de partager cet "héritage" que «l’on peut toujours aller jusqu’au bout de ses rêves». Alors, pouvoir le confronter à des hommes emprisonnés pour des années était un de nos désirs, bien sûr. Ce partage aura été d’une richesse particulière…


Rencontre avec le ministre ! (1er avril 2006)

Gilberto Gil nous a reçu lors d'une soirée de Gala à Florianópolis. Ministre de la Culture du Brésil, il a confirmé l'année de la France au Brésil pour 2008.
A cette occasion, Gilberto Gil, après l'avoir visionné, a levé tous les doutes sur l'ambiguité que créait ici le titre de notre film...
Et il a annoncé la création d'un prix "Os herdeiros da Amazônia" qui récompensera, chaque année, les meilleurs documentaires sur des aventures humaines...
La soirée s'est terminée par un dîner de gala où nous avons pu goûter le plat traditionnel catarinense : o peixe de abril.
Un vrai bonheur !


Cliquez sur l'image si vous souhaitez l'agrandir


(Encore de nombreuses félicitations de nos lecteurs cette année à cette annonce, qui comme celle de l'an dernier à la même date, est encore un poisson d'avril)


Porto Alegre, la bienvenue (5 avril 2006)

Nous voilà arrivés à Porto Alegre à la tombée de la nuit. Dans le centre, nous présentant une carte "Office du tourisme", un motard nous aborde à un feu rouge. (Nous n’avons pas complètement adopté la conduite brésilienne et on s’y arrête encore la nuit !) (sauf à Rio…). Nous nous garons et l’homme nous questionne : «Vous êtes touristes ? Vous cherchez un hôtel ?». Et il nous indique l’adresse de l’office du tourisme. Là, on est bluffé ! Jamais vu ça encore ! «Non, merci. Nous devons retrouver des amis et justement, nous cherchons une cabine téléphonique pour les joindre ?». Et il nous indique une station service proche. «Bienvenus à Porto Alegre et bon séjour chez nous…! » Quel pays !

Nous appelons Fernando : «Nous sommes arrivés, comment vient-on chez toi ?». «Bougez pas, je viens vous chercher !». Vingt minutes après, le voilà. Nos retrouvailles sont un plaisir et les abraços sont à la brésilienne ! Nous filons chez lui et nous racontons nos vies depuis que nous ne nous sommes pas vus. La chambre d’amis nous attend et il nous invite à prendre le temps d’une douche en attendant Renata, sa sœur, et Sonia, sa maman, qui arrivent plus tard. «Allons au restaurant, ce sera plus simple que de faire la cuisine» dit-elle. Et il sera évidemment impossible de payer ni même partager l’addition «Vous nous inviterez quand on viendra vous voir à Saint-Malo ou Perpignan !». Ce matin, nous quittons ces amis en nous donnant rendez-vous pour la projection de notre film après-demain.
Ah oui, "l’ami" Fernando est étudiant et nous le connaissions pour avoir juste discuté avec lui sur le parking d’un hôtel à Salto, en Uruguay, voilà trois mois. Il nous avait dit : «Si vous passez à Porto Alegre, venez à la maison !». Depuis, nous avions gardé le contact par mail. Voilà comment on devient amis au Brésil…


Cette fois, un "Institut d’art et d’humanisme" ! (7 avril 2006)

C’est cela le Studio Clio où nous projetons ce vendredi soir, "un espace voué au plaisir de la connaissance".

C’est ce que nous a offert Yves Mahé, le directeur de l’Alliance française de Porto Alegre. Du fait d’un déplacement à Rio, nous n’aurons pu le voir que le temps d’un dîner avant hier, l’occasion d’un "rodizio". Le rodizio est un service très fameux au Brésil : un buffet, généralement copieux, auquel vous allez vous servir à volonté d’entrées, de salades, de légumes, de fromages, etc. tandis que les serveurs passent de tables en tables et déposent, à votre demande, directement dans votre assiette, des grillades qu’ils transportent au fil de leurs épées…
Le Studio Clio a été fondé par Francisco Marshall dans une maison historique de Porto Alegre, capitale de l’état de Rio Grande do Sul, le plus au sud du pays. Seul ombre à la soirée, le peu de spectateurs mobilisés, malgré une interview radio réalisée l’après-midi (depuis la chambre de l’hôtel, une première "en direct" au Brésil pour nous qui ne parlons pas le portugais - il paraît que c’est très bien passé !!).
Mais le plaisir aura tout de même été grand : l’agencement du lieu est superbe, la décoration d’une grande élégance et l’équipement de la salle "multimédia" vraiment impressionnant. Jamais nous n’aurons vu "les héritiers de l’Amazonie" dans d’aussi belles conditions ! Qu’il est beau notre film !!!

Et à l’issue, la famille de Fernando, présente au grand complet (Renato, le père est rentré la veille de voyage), nous invite à nouveau. Sans commentaires !


Ça a l’air de la peur (10 avril 2006)

Nous disions un jour à un directeur d’hôtel sudaméricain qui nous invitait de façon très pressante à la prudence : «Il n’y a vraisemblablement pas plus de voleurs ici qu’à Paris». Il nous avait répondu : «Oui, mais il y a beaucoup moins de gens à voler» !!! La réponse nous avait bien plu !
Mais depuis notre arrivée au Brésil, autant vous le dire crûment, le discours sécuritaire nous gonfle sérieusement ! Omniprésent, lancinant, pour telle ville, tel quartier ou telle route, à propos des voleurs, des assassins, de la conduite des bus ou de celles des camions.
«Surtout pas d’appareil photo ou de caméra dans le quartier historique !». C’est peut-être raisonnable, mais on fait comment pour filmer ? Et puis il y en a qui vont nous réclamer des photos sur le blog !
«Vous achetez à manger à des marchands ambulants sur les trottoirs ? Moi, en 2 ans au Brésil, je n’ai jamais fait ça…». Oui, enfin, dans ces endroits, on ne consomme tout de même que du cuit (des fois, que par 35°, ils n’aient pas respecté la chaîne du froid) !
Nous nous promenons dans São Paulo avec une amie brésilienne. Soudain, elle nous dit : «Surtout, ne parlons pas en français, ils pourraient repérer que vous êtes des touristes !». Nous regardons autour de nous : que des passants à l’allure débonnaire. Mais le quartier est "classé" dangereux.
Evidemment, depuis le départ, nous sommes plutôt prudents, entre autres en évitant d’être ostentatoires. Et en deux ans à travers l'Amérique du Sud, il ne nous est rien arrivé (malgré notre Patrol et sa décoration qui ne nous rendent pourtant pas vraiment discrets !).
Mais que faire de cette pression omniprésente ? Réalité ou paranoïa ? Il y a bien sûr des deux… Nous n’avons pas envie de céder à la peur permanente. Car nous nous retrouvons en plein paradoxe. Nous qui pensons que notre société occidentale vit trop sous l’emprise de la peur, poussant à des comportements collectifs irrationnels (pas besoin d’épiloguer…!), nous voilà au bout du monde confrontés deci delà au même phénomène !
Bon, on ne s’éternise pas là-dessus, on avait juste envie de partager avec vous aussi autre chose que "tout baigne" dans notre tour du monde…
Notre première interview TV en portugais et la préparation d’une nouvelle projection nous attendent. On va se régaler ! Haut les cœurs…


Un gros coup de bonheur (14 avril 2006)

...après un passage éclair à São Paulo, ville qui ne nous aura décidemment pas plu. Heureusement, Sylvie, la responsable culturelle de l’Alliance, avait envie d’accueillir notre film et notre périple. Mais impossible de programmer un documentaire destiné au grand public dans une mégalopole dotée d’un tel foisonnement culturel : les spectacles s’y comptent par centaines. Alors, elle nous a invités à projeter "Les héritiers de l'Amazonie" devant une cinquantaine de ses élèves et professeurs. "Merci de votre passage, de votre pèlerinage aux sources, de ce rêve vécu par vos ancêtres. Nos élèves ont été vraiment intéressés", nous a écrit un professeur… Ravis. Merci Sylvie.

Hier, nous sommes partis vers Rio par la route de la côte. Et là, le plaisir a commencé en profitant de la quiétude du paysage…



Dans l’après-midi, nous étions arrivés à ''Paraty'', un lieu parfaitement enchanteur. On nous en avait parlé plusieurs fois, alors nous nous étions réservés du temps pour goûter l’endroit, où nous nous dégotons une pousada toute simple et accueillante (pousada veut dire littéralement auberge et celle-là s’appelle Cajaíba - si vous venez ici, nous vous la recommandons). Enfin plus de tours, ni de grandes artères, on perçoit l’horizon bordé par les collines environnantes, on respire !


Fondé au XVIème siècle, dans ce qui est devenu le parc national "Serra da Bocaina", ce petit port conserve, dans son centre historique, une architecture des plus harmonieuses de l’époque coloniale.


Les échanges commerciaux étaient ici importants aux XVII et XVIIIème siècles et ont fait la richesse du lieu. L’or provenant des mines de l’état de Minas Gerais y était acheminé et embarqué sur les bateaux à destination de Rio de Janeiro. L’on y exportait aussi le café de la vallée du rio Paraíba. Avec la construction d’un chemin de fer entre Río de Janeiro et São Paulo à la fin du XIXème, le port tombe en désuétude et la ville dans la léthargie et l’oubli.


Aujourd’hui, Paraty revit grâce au tourisme, d’autant que sa baie abrite de magnifiques plages de sable fin aux eaux limpides et chaudes.
Nous parcourons tranquillement de bon matin ses ruelles pavées…
Et nous découvrons, entre autres, sur des façades, des symboles de la franc-maçonnerie qui influença l’architecture de la ville lors de sa restructuration au XVIIIème siècle.
Devant une de ses vieilles maisons fraîchement restaurée, une femme nous aborde en colère : «É uma vergonha, aqui, nossos filhos não são dos ladrões». ("C’est une honte, nos enfants ici ne sont pas des voleurs !"). Et elle nous montre la ligne électrifiée sur le mur et deux caméras de vidéosurveillance. Elle n’a pas vraiment tort : jusqu’où va se ficher la peur ! Le propriétaire craint peut-être les descendants des pirates d’hier qui pullulaient dans la région…


On ne veut plus partir ! Mais bon, le devoir nous appelle...
En continuant vers Rio de Janeiro, nous nous offrons une petite halte sur une plage que nous découvrons par hasard, fréquentée par les locaux et où nous dégustons, dans une paillote, une fricassée de crevettes arrosée de citron vert...
Puis nous piquons une tête dans ces eaux paradisiaques avant de reprendre notre route vers Rio.


Estação das Docas (19 mai 2006)

En 2001, nous avions découvert ce lieu qui nous avait emballé : trois anciens docks du port de Belém réhabilités avec grand élégance, aménagés en restaurants et bars.
Il est depuis devenu un lieu prisé des habitants de Belém et des touristes. L’un des trois docks est aménagé en lieu d’expositions temporaires d’artistiques ou d’artisans, voire loué à des entreprises pour des manifestations. Et il dispose d’une très belle salle de spectacles de 500 places. C’est là que Jean-Yves, le directeur de l’Alliance française de Belém, a prévu d’organiser la projection de notre film, la salle lui étant offerte gracieusement par la société gestionnaire du lieu.
D’abord enthousiasmés par l’idée, nous lui avons demandé tout de même avant hier combien il imaginait accueillir de spectateurs… «En général, pour nos manifestations, une cinquantaine est un bon score…». C’est bien ce que l’on craignait ! Et c’est bien ce qui est arrivé !! Objectif atteint : 50 spectateurs… perdus dans la grande salle. On les a regroupés un peu !
Ne gâchons pas notre plaisir. La projection sur le grand écran de la salle était superbe et le débat ensuite un des plus riches de la tournée…




A boire et à manger (Belém, 31 août 2006)

Depuis plus d’un mois que nous sommes coincés ici, nous avons écumé tous les endroits où il est possible de manger quelque chose dans le coin. Voici nos deux cantines préférées :
Le "Bom Paladar" (que l’on peut traduire par "Au bon goût") est installé dans le séjour et le garage d’une maison particulière. Des fois, ils retirent la voiture pour ajouter une table ou deux, mais les clients n’aiment pas trop le soleil !


Un vieux tonneau a été bricolé en barbecue, et la viande, le poulet ou le poisson grillé est accompagné de ce qui se mange partout au Brésil : le riz avec haricots noirs et "farofa" (une farine de manioc que l’on saupoudre sur l’assiette et qui apporte les mêmes glucides que le pain). C’est souvent complété de spaghettis, mais bon, y’a des limites !!!


C’est pas vraiment léger, mais vraiment bon : la preuve !



Notre autre repaire, c’est l’Alvorada ("l’aube", en portugais : pas la robe blanche des ecclésiastiques, mais le moment où commencent à poindre les premières lueurs du soleil…). Il faudra que l’on pense à demander à Durbem pourquoi il a appelé son restaurant comme ça : il ouvre à midi en semaine et les jeudi, vendredi et samedi soir, au plus tard jusqu’à 22 heures… Quand il n’a pas une rage de dents ou mal à la tête…
Durbem, c’est le patron, et nous allons chez lui avec un vrai plaisir. Il est sympa comme tout et sa spécialité, le "Fuxico do Alvorada", est un mélange de crevettes, viande de bœuf, poulet et saucisses. C’est pas cher et en plus un régal.




Le téléviseur diffuse les infos à midi (la télé dans les restaus est une maladie sud-américaine) et le soir, plus séduisant, des concerts d’artistes brésiliens : davantage de "MPB" ("Musique Populaire Brésilienne", cela dit de la plutôt bonne variété) que de Samba ou Bossa Nova. On se demande d’ailleurs depuis quatre mois si ces deux dernières ne sont pas surtout entretenues pour les touristes… comme le tango à Buenos-Aires ou la bourrée en Auvergne (c’est une image !).

Nous avons goûté ici de multiples spécialités. Et avec plaisir, car la gastronomie du Pará est réputée. Y compris quand on ne sait même pas ce que l’on mange : tous les voyageurs connaissent ce moment déconcertant (et assez excitant !) de devoir commander un plat sans rien comprendre aux noms et ingrédients dont il est composé ! Heureusement, nous avons pu avoir quelques explications. Exemples :
- le "Maniçoba", de la viande et de la maniva (feuille de manioc cuite pendant plus de cinq jours), servis sur du riz et des haricots noirs. Ah oui, la feuille de manioc cuit si longtemps car sinon, elle est toxique : elle contient un acide qui est un poison très violent ! «Je préfère bien cuit, s’il vous plait !»,
- le "Vatapá", un plat de crevettes frites avec oignons et tomates, cuisiné dans un lait de coco épaissi avec de la farine,
- le "Pato no Tucupi", canard rôti assaisonné à l’ail et cuit dans un suc de couleur jaune, amer, extrait de la racine de manioc, accompagné de "jambun", un légume local de la famille du cresson… Celui-là, on ne l’a pas encore goûté. Il n’est servi que dans des restaurants plutôt chics, on se réserve ça pour notre dernier repas à Belém…

Et avec ça, que buvez-vous ?
Nous, pas des trucs sucrés ! Parce que l’épidémie de colas et sodas, sous la pression yankee (!), affecte le Brésil comme toute l’Amérique du Sud, fabricant une partie non négligeable de la population plutôt replète. Cela dit, les brésiliens résistent plutôt mieux que leurs voisins : ils boivent encore des jus extraits de tous leurs produits exotiques. Nous en avons essayé quelques uns, en particulier au petit déjeuner : entre autres, le jus de noix de cajou, surprenant et plutôt bon !
Sinon, c’est la bière qui domine largement. Le vin d'ici est encore soit mauvais, soit cher : ils progressent doucement, loin derrière l’Argentine et le Chili.
Heureusement, il reste la Caipirinha. Pourquoi vous le préciser, il vous suffit de regarder les photos de nos tables ci-dessus !!!